Dans l’enfer sublime des Geysers del Tatio, Chili

C‘est un sentiment étrange et pénétrant que d’avoir à cotoyer, lors d’un voyage, la beauté et la terreur, que de ressentir la crainte et le respect, que d’apprécier la tranquillité et la fureur.
Comme si l’eau se mêlait au feu, la chaleur au froid intense, le paradis à l’enfer.
Et si le paradis existe, l’enfer ne doit pas être trop loin.
Peut être au Chili, sur l’altiplano, dans la région d’Antofagasta, au pied des volcans, là où jaillissent les nombreux et sublimes geysers del Tatio.

Je m’y suis rendue encore toute somnolante après une trop courte nuit passée à San Pedro de Atacama.
Mon guide local m’avait conseillée de m’y rendre bien avant le lever du soleil et ses propos, teintés d’admiration et d’angoisse, résonnent encore dans ma tête. C’est donc peu rassurée mais curieuse que j’avalais, à 4heures du matin, les kilomètres de la piste sinueuse qui me menait aux geysers.

Car c’est à l’aube que l’on peut admirer ces colonnes de vapeur étonnantes, bruyantes et éphémères.
Ce phénomène n’a finalement rien de bien occulte pour des géologues avertis puisqu’il résulte de la forte amplitude de température existant entre la nuit et le jour. Mais l’ambiance et les conditions qui l’entourent contribuent à entretenir l’énigme et le mystère des geysers pour la touriste que je suis.

Chili Geysers Del Tatio

Je me prends facilement au jeu. D’autant plus que sur place, la scène est étonnante. L’odeur du soufre, la nuit et le bruit des geysers révèlent un spectacle incroyable.
Dans l’air froid du matin et grâce à l’altitude – plus de 4 000m – des nuages de vapeur montent parfois jusqu’à dix mètres de haut.
A pied, je zigzague entre les geysers et par moment je ne sais plus très bien où je me trouve. Tous mes sens sont en éveil mais arrivent à saturation. Trop de bruit, peu de repères visuels. J’ai froid. Je tatonne plus que je ne marche. Je suis entourée de vapeurs, je ne vois plus rien, la fumée des geysers m’aveugle. Je cherche mon souffle, l’odeur âcre m’asphixie. Je sens que je perds contrôle dans ce tourbillon saisissant. Et puis…

Et puis la timide chaleur du soleil naissant se fait plus insistante. Certaines colonnes de vapeurs tentent de résister face à ses attaques devenues mordantes puis disparaissent dans les profondeurs de la terre d’où elles étaient sorties. Pendant un temps, je ne sais qui sortira vainqueur de cette bataille naturelle.
Mais finalement, plus le temps passe et plus la chaleur du soleil dissipe les fumées.
A 10h il n’a plus rien. La surface de la terre retrouve toute sa quiétude.

Je suis groggy, comme un boxeur assommé par les coups sourds de son adversaire.
Etourdie, je réalise que pendant près de trois heures, les geysers del Tatio m’ont livré un spectacle vraiment magique, étonnant et admirable, que j’ai vécu au plus près de la nature et des sources de la Terre.

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