Immersions, entre ours bruns et ours polaires

Ours à la sortie des tanières, Canada © Jacques Renaud
Jacques Renaud photographie depuis toujours. Il a commencé dans les calanques et les montagnes de Provence de sa jeunesse. Puis, dès que son métier d’avocat lui en a donné les moyens, il a sillonné la planète. Sa quête : capter des images des plus grands mammifères, des fauves africains en passant par les grands singes de Bornéo.
Mais c’est pour les ours de tous poils, polaires du Nord Canada et bruns du Kamtchatka, qu’il a une affection particulière. « Je suis allé au Kamtchatka pour la première fois il y a plus de vingt ans, peu de temps après l’ouverture des frontières. Sous l’URSS, la presqu’île était une base militaire, impossible d’accès. Dès que les frontières se sont ouvertes, je m’y suis précipité », se souvient Jacques.
Là-bas, ce fut le choc, entre paysages volcaniques lunaires et rivières rouge sang. « De la couleur des milliers et milliers de saumons rouges qui migrent depuis la mer. Ca claque sur les photos ! », poursuit-il.

Ours bruns du Kamtchatka, Russie © Jacques Renaud Ours bruns du Kamtchatka, Russie © Jacques Renaud
Ours bruns du Kamtchatka, Russie © Jacques Renaud Ours bruns du Kamtchatka, Russie © Jacques Renaud

De cette époque date la première rencontre avec les ours bruns. Jacques Renaud a eu la chance, à l’époque, de s’approcher des ours avec Vitali Nicolaienko, l’un des plus grands experts russes des grands mammifères. Depuis, le tourisme s’est – un peu – développé. Quand Jacques est reparti dans la péninsule en 2016 avec Etendues Sauvages et en compagnie de Rémy Marion, « les conditions de sécurité étaient parfaites, sans commune mesure avec celles en vigueur dans les années 90. » Jacques a pu photographier les ours bruns dans des conditions extraordinaires. « Nous étions entourés d’ours, à dix ou quinze mètres de nous. Ils pêchaient les saumons sans se préoccuper de nous. Un jour, nous avons même pu observer une mère avec quatre petits, repue, tranquillement assise à nous regarder, pendant que les oursons jouaient autour d’elle. Même Rémy n’en revenait pas. Les mères ont rarement quatre petits. Nos appareils crépitaient comme des fous ! »

À la sortie des tanières

Des bébés ours, Jacques Renaud en a aussi vus au Canada, au pays des Inuits, dans le Nunavut, toujours avec Etendues Sauvages. Il y a vécu son rêve d’enfant : capter des oursons au sortir de leur tanière, aux premiers signes du printemps.

Ours à la sortie des tanières, Canada © Jacques Renaud Ours à la sortie des tanières, Canada © Jacques Renaud

Ours à la sortie des tanières, Canada © Jacques Renaud

Saisir cet instant magique relève un peu du hasard : découvrir une tanière d’ours n’est pas franchement donné à tous. « Ce sont les indiens Cri qui dirigeaient notre lodge, d’anciens chasseurs reconvertis dans le tourisme, qui nous ont mis sur la voie », raconte Jacques. Le reste est quasi indicible : le cœur du photographe qui bondit de joie en voyant les oursons batifoler, l’euphorie du capteur d’images conscient de vivre une scène incroyable. « Il faisait -40°C avec le vent. Nos appareils crépitaient comme des fous, tandis que les deux petits, l’un relativement calme, l’autre tout aussi excité que nous, se chamaillaient sous leur mère », se souvient Jacques.

Quand il n’est pas au bout du monde, quand il ne plaide pas pour ses clients, Jacques aime partager sa passion des animaux avec les plus jeunes. Il soutient ainsi le collectif Géniale Nature, dont l’ambition est faire participer les jeunes à la protection de la nature. « Certains de mes clichés sont en ligne sur leur site. Ca me fait plaisir de faire partager mon émerveillement à des enfants ».

Merci l’artiste !

Echanges avec Karine Welter, pour le Magazine expérience #07, en mars 2017.