Réaliser un de ses vieux rêves d’enfant ne se fait pas, en général, en un jour.
En ce qui me concerne, j’ai du être patient et attendre de trop longues années pour pouvoir enfin naviguer dans la baie de Ha Long au Viet Nam.
Je ne sais pas de quelle étrange manière j’ai été imprégné de ce doux rêve. Je n’ai – je n’avais – ni attache ni attirance particulière avec les contrées et les cultures du soleil levant.
Non, je pencherais plutôt pour une révélation lors du visionnage du célèbre film de James Bond, « L’homme au pistolet d’or », qui m’avait dévoilé ces beautés naturelles…et la belle Mary Goodnight ! Hum, j’avais 12 ans à l’époque.
Depuis ces images ne m’ont plus quitté.
Et je suis donc allé à leur rencontre.

Après un trajet d’environ trois heures depuis Hanoi – j’oublie rapidement la pause marchande touristique – j’ai atteint la Baie de Ha Long.
Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, dans le golfe du Tonkin, elle a la particularité d’offrire des paysages karstiques extraordinaires. D’innombrables pitons rocheux, sont plantés là comme par enchantement. D’ailleurs, certaines légendes racontent qu’un dragon serait descendu sur la mer et aurait entaillé une montagne avec sa queue, créant ainsi ces rochers creusés de grottes, couverts de végétation et qui débouchent parfois sur de mystérieux lacs intérieurs qui se referment à marée haute.
Bref, une fois monté à bord de la magnifique jonque traditionnelle, j’ai fait connaissance avec les membres d’équipage qui s’avèrent plus nombreux que les passagers, hospitalité vietnamienne oblige !
Le vent trop fort empêche les grandes voiles oranges d’être déployées quand nous approchons de la première île – Gom ou Ga je ne me rappelle plus. Alors quand on nous a proposé de faire un tour de kayak entre les rochers par cette mer grise et mouvante, j’étais à la fois tendu mais indubitablement excité par l’aventure !

Sur la voie qui nous mène à la grotte Hang Sung Sot, le bateau s’est arrêté près d’un village flottant de pêcheurs. Etrange population que ces hommes et femmes qui demeurent sur ces pilotis toute leur vie. Plutôt insolite ce mode de vie, préservé depuis la nuit des temps, qui consiste à demeurer constamment entre deux mondes sans jamais y pénétrer vraiment. Vraiment charmants tous ces enfants, au regard rieur, aux gestes habiles, véritables funambules sur ces bouts de bois flottants.
Les îles (Coq, Tête d’Homme, Con Coc) toutes plus belles les unes que les autres et les grottes (Me Cung, Luon, Hang Trong, Hang Trinh Nu) se sont succédées durant ces deux jours. Mais nous avons soigneusement évité la masse de touristes à celle de Koh Pannyi (l’île des Gitans de la Mer), célèbre pour son village lacustre protégé par un majestueux rocher monolithique et à l’île de Koh Pinggan (l’île de James Bond). Damned ! Je ne foulerais pas le sable de mon idole d’enfance, snif !

En revanche, j’ai pu profiter de la sérénité et du calme de notre jonque, sillonnant tranquillement la baie de Ha Long à la recherche de plages paradisiaques, à l’ombre des falaises abruptes qui se dressent hors de l’émeraude des eau.
C’est drôle, mais durant ce parcours nautique, j’ai toujours eu la sensation de la présence de ce dragon, l’impression qu’il pouvait surgir à chaque instant de derrière ces rochers et fouetter l’eau, la roche et la végétation de sa queue.
Et moi j’aurais été emporté par une vague géante et je me serais échoué pour le restant de ma vie sur une de ces plages idylliques du Viet Nam…
Merci James Bond !